À chaque génération son combat.

La Kabylie sera indépendante peu importe le temps que cela prendra. Ceux qui essayent de faire dans la diversion ne font que ralentir le processus historique inévitable.

Ils peuvent accuser les indépendantistes de fascisants, d’extrémistes et je ne sais pas quoi encore. Ils peuvent même faire dans des comparaisons hasardeuses et dresser des parallèles absurdes et insensés avec l’islamisme. Ils peuvent nous reprocher notre aspiration légitime à rompre avec une génération qui n’a toujours pas soldé ses contentieux.

Eux, ce sont des militants-es culturalistes du siècle dernier. Ils se présentent comme héritiers des combats passés, pourtant perdus, et éclaireurs d’un avenir, dont ils se considèrent comme seuls dépositaires. Ils ont la légitimité historique pour s’ériger en donneurs de leçons paternalistes et infantilisantes.

La rupture avec la génération « culturaliste et identitaire » ce n’est pas NOUS. Ce sont EUX, qui au nom d’une légitimité nouvelle, se sont mis à l’abri en confisquant le flambeau. Ils nous ont transmis l’invective, l’insulte, le dénigrement et la division en héritage et ils nous somment de chanter la pluralité, le respect et la perpétuation des codes de conduite et des références à notre culture et nos valeurs !

Les luttes culturalistes ont été balayées par le printemps noir Kabyle. Nous avons vu nos frères et nos soeurs tomber sous les balles explosives de la gendarmerie algérienne. C’est durant ce printemps noir que nous avons pris conscience que nous étions un peuple et une nation en danger. Cette génération de militants.es pour les droits culturels n’était plus, pour la plupart, parmi cette jeunesse qui a affronté à mains nues un pouvoir sanguinaire. Ils ont déserté le terrain des luttes depuis longtemps déjà !

Qu’ils fassent leurs bilans et nous disent concrètement ce qu’ils ont obtenu comme acquis. Nous ne sommes pas dans le révisionnisme de l’histoire ou l’occultation des luttes de nos aînés. Nous disons juste qu’ils ont failli collectivement !
Le comble est que certains parmi ces donneurs de leçons sur la légitimité historique font partie de l’opposition la plus embourgeoisée au monde. Ils ont géré leurs carrières politiques et professionnelles et ils reviennent après une longue hibernation nous enjoindre, sur un ton professoral, de réviser nos leçons.

Nous avons beaucoup appris de leurs échecs répétés, de leurs hésitations et des nombreux renoncements. C’est pourquoi, ils ne sont plus crédibles même lorsqu’ils disent la vérité. Le monde a changé depuis leur désertion du terrain des luttes politiques, la Kabylie n’est plus une population avec des particularités mais bien un peuple en quête de sa souveraineté.

Il n’y avait pas les réseaux sociaux dans les années 1990 pour s’en rendre compte que la jeunesse kabyle actuelle ne fait que s’inspirer et reproduire les pratiques, les attitudes et les comportements de leurs aînés. Les attaques personnelles, la culture du chef incontesté, les dénigrements, les invectives sont un héritage de cette génération de 1980, qui s’érige aujourd’hui en moralisatrice infantilisante. Inutile d’énumérer ici tous les noms d’oiseaux qui volaient entre les militants-es du FFS et RCD durant la décennie 90. Assez souvent les querelles verbales finissaient en pugilat.

Oui, nous voulons des ruptures avec vos luttes improductives!
Oui, nous voulons que la génération indépendantiste Kabyle ne soit pas otage de vos compromissions et vos pratiques déstructrices!
Oui, nous ne sommes plus audibles à vos théories politiques sur le possible et l’extrême !

Non, vous ne pouvez plus nous maintenir dans l’impasse des luttes culturalistes révolues !
Non, nous n’allons plus faire partie de vos danses rituelles archaïques qui nous font tourner en rond !
Votre match est fini et vous avez confisqué le ballon comme le ferait n’importe quel enfant gâté, qui vexé par une remarque déplacée, pense que sans lui et son ballon, il n’y a plus aucune autre possibilité de jeu.

Vos leçons sur la démocratie, la liberté, l’honneur et les valeurs ne sont que des mesquineries et des foutaises. Nous avons respecté vos sacrifices et vos souffrances. Nous avons admiré votre détermination face à l’adversité …et nous avons déchanté lorsque nous avons compris que vous étiez incapables d’être au diapason des aspirations de notre peuple.

Vous refusez les ruptures avec vos échecs cuisants et vous souhaitez que nous continuons à reproduire vos mesquineries et lamentations. Vous considérez notre combat comme une fuite en avant car vous avez raté le train de l’histoire. Vous êtes encore statiques et immobiles sur le quai du XX siècle.
Nous voulons des ruptures avec les archaïsmes et les boulets qui veulent nous maintenir sous domination. Nous voulons des ruptures salvatrices avec une génération qui n’a rien changé à son logiciel des luttes. Nous avons du respect et beaucoup d’admiration pour ceux qui n’ont ni trahi ni abdiqué, mais nous avons assez de vous écouter nous réciter vos leçons usées.

Nous voulons la liberté, toute la liberté, et refusons la paix des braves que vous offrez au pouvoir colonial algérien. Vous avez un train de retard et un combat de retard. Nous sommes la génération indépendantiste Kabyle et nous regardons devant. Derrière, nous voyons une génération qui n’a pas encore soldé ses conflits interpersonnels et qui refuse d’assumer ses échecs, ses renoncements et ses trahisons.

Vous voulez des débats apaisés et sereins ? Vous voulez conjuguer les intelligences et les idées au seul service de la Kabylie ? Dans ce cas, apportez votre contribution pour aider la nouvelle génération, sans démagogie et sans arrogance. Débarrassez-vous au préalable de vos postures paternalistes. Car, si rupture entre générations il y a, c’est plus de la faute des acteurs politiques Kabyles de 1980, qui n’ont toujours pas changé de logiciel, de pratiques et de visions. En généralisant vos jugements à toute une génération d’indépendantistes Kabyles, à partir des seuls commentaires sur Facebook, vous ne laissez aucune place aux débats apaisés et constructifs.

Hasan At Amar Wali