Non, nous n’allons pas rejouer le match !

Comme peut le laisser entendre le titre, le texte n’a aucun rapport avec le mondial de football qui se déroule actuellement en Russie. C’est un message à tous les disqualifiés qui tentent désespérément de ressusciter des débats passés et dépassés. Qui pour justifier ses émoluments et qui pour une énième tentative d’avoir raison.

Ils nous ont bernés tout le long de la dernière moitié du siècle passé avec des illusions et des revendications chimériques. Nous avions vraiment cru que l’histoire est figée sur ce vaste territoire et qu’il suffisait d’éveiller les consciences pour imposer à tout le peuple amazigh nos valeurs de démocratie, de laïcité et de modernité. Nous avons revendiqué des statuts particuliers à notre culture, notre langue et notre patrimoine. Très vite, nous avons déchanté, car en réalité, nous étions un peuple, et dans l’Algérie sous domination arabo-islamique il y avait d’autres peuples très différents du nôtre.

Nous y avons cru, car ils étaient des nôtres !

Ils ont essayé de nous convaincre que nous étions simplement une particularité culturelle intégrable dans un ensemble arabo-islamique. Ils nous ont claironné des foutaises et des sornettes. Nous avons cru dans leurs délires insensés de démocratisation et la possible refondation d’une nation algérienne homogène et plurielle, malgré les antagonismes manifestes qui la traversent.

Nous y avons cru aussi, car ils étaient des nôtres !

Ce faisant, nous avons contribué inconsciemment à notre malheur d’aujourd’hui, et avons permis par notre insouciance et parfois par notre silence à fabriquer une bourgeoisie berbériste docile.

Nous avons cru en eux, car ils étaient des nôtres !

Nous avions voulu devenir de bons Algériens et avons failli nous transformer en très mauvais Kabyles. Nous leurs avons fait confiance malgré des signes qui ne laissaient aucun doute sur leurs intentions cupides et mercantiles. Ils ont vendu la cause et participé au déclin intellectuel, politique et identitaire de la Kabylie.

Nous y avons cru, car ils étaient des nôtres !

Nous avons oublié que nous étions un peuple avec ses valeurs, sa langue et sa culture. Un peuple avec ses rêves, ses espoirs et son histoire. Nous avons écouté une génération qui nous a maintenus dans l’aliénation à l’Algérie arabo-islamique. Nous étions une population dont ils flattaient l’ego pour mieux l’asservir et la dissoudre dans un moule trop grand. Nous y avons cru pendant très longtemps que nous étions une minorité, alors que nous étions minorés.

Nous avons continué à croire en eux, car ils étaient des nôtres !

Ils veulent jouer les prolongations à défaut de pouvoir rejouer le match. Ils remettent au goût du jour le particularisme culturel et identitaire que nous avons dépassé depuis. Ils veulent reproduire les échecs et ralentir la marche de tout un peuple vers sa liberté. Manque de bol, le monde a changé. Ils sont tels des mollusques fossilisés, inertes et figés. Ils n’ont pas pu ou pas su évoluer avec l’histoire. Coupés des aspirations de la nouvelle génération kabyle, ils tentent de l’intimider, de la discréditer et de la traîner sur le terrain de la démagogie et du désespoir.

Nous avons commencé à douter d’eux, car ils étaient des nôtres !

Le monde a changé autour d’eux et ils continuent à produire les mêmes tirades verbales anachroniques et insensées. La Catalogne et le Québec qu’ils nous ont servis, au siècle dernier, comme des modèles incontestables de la réussite de l’autonomie régionale et du fédéralisme, ne le sont plus. Ils nous ont même transformés en supporters du BARCA, à force de marteler que la Kabylie avait tout à gagner en revendiquant un statut semblable à la Catalogne !
Que vont-ils trouver comme modèles, maintenant que les peuples catalan, québécois, kurde et écossais aspirent à leurs indépendances ?

Nous avons cessé de croire en eux, même s’ils sont toujours des nôtres !

Aujourd’hui, l’expression creuse « particularité kabyle » dans un ensemble algérien est une insulte au peuple kabyle et à son intelligence. Nous aurions pu y croire encore pendant longtemps s’il n’y avait pas l’assassinat de Dda Lwenas et les événements tragiques du printemps noir kabyle entre 2001 et 2003. Ces événements ont été fondateurs d’une conscience nationale kabyle. Ils sont le marqueur qui a révélé au grand jour la faillite des élites berbéristes conservatrices et embourgeoisées. Pendant qu’ils préparaient leurs avenirs et ceux de leurs enfants, nous étions seuls, abandonnés face aux balles assassines de la gendarmerie algérienne.

Depuis, nous ne croyons plus en eux, car ils ont cessé d’être des nôtres !

Ils nous ont vendu des chimères et ils se sont octroyé des noms et des vies paisibles avec nos souffrances et nos misères. Ils ont presque réussi à confisquer définitivement notre combat si ce n’est la clairvoyance de certains Kabyles incorruptibles. En provoquant une rupture profonde avec les élites berbéristes bourgeoises, la Kabylie a assuré son salut et sa sortie définitive du jeu algérien. C’est cela qui inquiète sérieusement et perturbe le confort indûment obtenu par les berbéristes conservateurs du XXe siècle.

Nous croyons en Taqvaylit et en notre jeunesse affranchie de la pensée culturaliste !

En marche vers la reconquête de sa souveraineté, la jeunesse kabyle doit rompre radicalement avec les références des luttes culturalistes à revers de l’histoire. La première des révolutions est celle d’un affranchissement total des dogmes et paradigmes d’une élite qui souhaite jouer les prolongations. Nous, les kabylistes, porteurs d’un espoir et d’un projet libérateurs, rien ni personne ne pourra nous détourner de la seule voie salvatrice pour notre peuple : un État kabyle indépendant.
Nous ne renions rien de notre passé, avec ses hauts et ses bas, marqués par les égarements et les renoncements des uns, et par l’héroïsme et l’intégrité des autres. Nous sommes un peuple avec un territoire et une histoire et, à ce titre, nous avons droit à notre liberté, toute la liberté et rien que la liberté !

Hasan At Amar Wali

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