L’autorité:oui, mais…

Un État est un ensemble de pouvoirs politiques qu’il faut mettre en place sur un territoire bien déterminé. Par conséquent,il n’est pas envisageable de se battre pour l’édification d’un État kabyle souverain et refuser l’autorité !
Il est important que les institutions qui auront à exercer l’autorité soient mises en place dans l’ordre. Il s’agit de respecter une certaine cohérence. Une autorité représentant les services de sécurité doit être précédée d’une institution législative (parlement) qui aura pour mission, entre autres, de définir les lois, le droit et le fonctionnement des autres institutions exécutives. Sans fixer des règles de justice et déterminer clairement les responsabilités et les missions, il y a de sérieux risques de dérives autoritaires incontrôlables.

Nous savons très bien que chaque proposition visant à créer des ruptures avec l’ordre établi et les archaïsmes qui ont maintenu notre peuple sous domination rencontrerait systématiquement des résistances et des oppositions. L’être humain, de façon générale, accepte difficilement de sortir des sentiers battus et de sa zone de confort. La nouveauté est une prise de risque et une exposition à l’inconnu et les imprévus. C’est une source d’angoisse, d’incertitudes et d’inquiétudes. C’est donc tout à fait naturel que certains manifestent des résistances à chaque fois qu’une nouvelle idée vient déstabiliser ce confort. La pédagogie sert à expliquer les enjeux et à répondre par anticipation aux interrogations que peut susciter la démarche.

Il est tout à fait compréhensible au vu de ce que subissent les militants souverainistes kabyles qu’il faille agir dans le sens de la protection de leur intégrité physique et de leurs libertés. La société kabyle doit protéger ses enfants qui se battent pacifiquement pour mettre en échec la stratégie machiavélique de normalisation de la Kabylie. Cependant, il faut éviter tout discours qui peut isoler les militants-es ou les désigner comme cibles pour les harcèlements, les intimidations et les violences physiques et morales.
Tôt ou tard, le projet indépendantiste kabyle doit se doter d’institutions et la mise en place des autorités nécessaires à l’édification d’un État kabyle. Il y a encore du travail de conscientisation à faire avec pédagogie et sérieux avant d’y parvenir.

Les tenants du statu quo ; de la reproduction des échecs et de la fatalité n’hésiteront pas à vouloir diaboliser notre mouvement. Ils s’opposeront radicalement aux idées sur la forme, mais rarement sur le fond. Ils vont tenter de disqualifier les auteurs des nouvelles idées, car incapables de s’attaquer aux contenus. C’est pourquoi il y a nécessité d’être vigilants et d’user de beaucoup de pédagogie pour expliquer chaque projet.

Par ailleurs, une communication à destination des citoyens kabyles doit respecter le principe de clarté et éviter au message des déformations et des lectures tendancieuses. Nos ennemis passent au crible chaque fait, mot et geste. Le message doit être expliqué aux militants-es qui ont pour mission de le défendre et de le relayer partout, en leur fournissant les arguments et en apportant des réponses aux objections et aux interrogations qu’ils peuvent soulever.

Le projet indépendantiste kabyle a beaucoup à gagner en acceptant les débats sur le fond avec les sympathisants et les cercles neutres. Cependant, toutes les attaques qui n’ont pour objectif que de l’entraîner sur le terrain de la polémique stérile sont à ignorer.

Hasan At Amar Wali

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