Notes à propos du discours politique indépendantiste kabyle.

Peut -on parler d’un discours politique indépendantiste kabyle ? Comment le définir et quels sont ses contenus et leurs portées ?
Le discours politique indépendantiste kabyle est-il révolutionnaire ?

Certes , il est encore très tôt pour analyser en profondeur la structure, les contours et les contenus du discours politique indépendantiste kabyle. D’abord, à cause de sa nouveauté, ensuite pour manque de références, autrement dit des communications verbales et écrites des acteurs politiques concernés. Toutefois, il est possible sans prétention d’expertise, de mettre en relief les prémices de ce qui constituent pour le moment les éléments de communications indépendantistes.

La nature pacifique du peuple kabyle n’est plus à démontrer. Ce n’est pas maintenant que l’on pourrait lui apprendre la violence. Cependant, nous pouvons toujours lui apprendre à faire de la politique. Autrement dit, le discours politique indépendantiste doit répondre à deux impératifs et deux objectifs qui se complètent. D’un côté la pédagogie nécessaire à sa compréhension, en vulgarisant les contenus et sa conceptualisation , d’un autre côté fixer le cadre et les orientations à travers une vision globale et révolutionnaire.
Le discours politique indépendantiste ne peut être dissocié de son contenu révolutionnaire, car les changements qui découleront de la réalisation de l’objectif stratégique seront radicaux. Ce nouveau discours doit se défaire assez rapidement de la culture contre révolutionnaire , qui continue encore à faire croire que la Kabylie peut exister en restant dominée par l’idéologie arabo-islamique. En effet, si l’indépendantisme est une doctrine en mouvement, il faut l’alimenter avec une bonne dose de la pensée révolutionnaire offensive et radicale. La radicalité se situe dans les changements profonds et les ruptures définitives avec tout cette culture de domination.

Ce nouveau discours politique indépendantiste et révolutionnaire aura à contribuer d’avantage à la renaissance de la conscience nationale Kabyle . Il est vrai que ces dernières années, nous avons constaté l’intrusion dans le discours de nombreux concepts, des notions et des termes nouveaux. Leurs introduction permet de fixer dans les esprits une conscience nationale Kabyle.

Kabylité, Kabyliste, Kabylisme, souverainisme , indépendantisme :
Quels contenus pour ces concepts ?
Le combat politique autonomiste puis indépendantiste a le mérite d’avoir introduit dans les débats, de nombreux nouveaux concepts . Les Kabyles qui jusqu’au début des années deux mille se définissaient comme une population d’une région avec des particularités culturelles, et qui pouvaient facilement être intégrées dans le nationalisme algérien, ont compris qu’ils étaient un peuple dont la personnalité kabyle a pu traverser les siècles de façon continue. La notion du peuple a ouvert le champs à un projet politique nouveau , affranchi de la pensée culturaliste contre révolutionnaire. En effet, le seul fait de se considérer comme peuple implique la nécessité de revendiquer son droit à une souveraineté entière.
Évidemment, le travail qui reste encore à faire pour la renaissance d’une conscience nationale kabyle est immense. Comment serait-il autrement pour un peuple qui jusque-là ne se considérait que comme composante utile et dominée au service d’une idéologie dominante ?
La Kabylité (Taqvaylit ) est un ensemble de valeurs humanistes universelles , une histoire partagée et une culture de vie et vivante. Elle est une pensée et une philosophie véhiculées par une langue et par des pratiques et autres rituels en harmonie avec la nature. Mise en mouvement, cette Kabylité est à vivre pas uniquement comme une délivrance de l’idéologie dominante, mais aussi comme une révolution incarnée par l’indépendantisme Kabyle, qui est le Kabylisme.

Certains acteurs politiques indépendantiste semblent préférer l’utilisation du mot souverainisme. Il évoquent pour cela le fait que la Kabylie ne connaît pas un colonialisme par peuplement. Par conséquent , l’objectif du combat politique est celui de la conquête d’une souveraineté sur le territoire Kabyle. À première vue, cette explication semble cohérente. Cependant, en analysant bien les concepts et ce que nous voulons leurs attribuer comme contenus, il y a lieu de faire plusieurs objections. En effet , la nature même de la colonisation que subit la Kabylie est très sophistiquée et assez pernicieuse. Le seul fait de reprendre la souveraineté politique globale sur le territoire Kabyle, ne suffira pas à se décoloniser. L’État algérien, promoteur d’une idéologie arabo-islamique hégémonique, aidé par les élites mercantilistes et soucieuses de leurs intérêts personnels, vont entraver par tous les moyens de propagande et de stratagèmes ce processus de décolonisation. Cette prise de conscience de la nature coloniale de l’État algérien est la première phase du processus indépendantiste et révolutionnaire. Si la souveraineté peut assurer l’instauration d’un pouvoir politique, elle ne permet pas les changements profonds sur les plans socio-culturels. Partout à travers le monde, les pouvoirs politiques dominants font tout pour corrompre les élites susceptibles d’amorcer des révolutions. La Kabylie ne fait pas exception à cette règle. Plusieurs élites kabyles , sont aujourd’hui corrompues par l’État algérien. Ils sont à tous les niveaux de la décision. Le résultat est que ce sont ces mêmes élites qui se dressent au travers de l’indépendantisme Kabyle. Elles empêchent momentanément la bipolarisation et la confrontation politique directe avec le pouvoir algérien.

Il faut aussi admettre que le discours politique indépendantiste kabyle est au stade d’un brouillon. Limité assez souvent à des slogans, de la dénonciation et souvent assimilable à une simple opposition moue sur la forme de la nature coloniale, rarement sur le fond. À ce stade, il est essentiellement question d’un séparatisme, et par voie de conséquence, réduit à une simple question technique. Autrement dit, ce qui constitue un moyen pour parvenir à l’indépendance de la Kabylie est présenté comme une finalité.
Je suis persuadé, sans prétention de détenir la vérité absolue, que le seul discours politique indépendantiste anticolonialiste, c’est-à-dire celui qui défini ce que les Kabyles ne sont pas , est insuffisant. À mon sens, ce discours n’apporte pas grand-chose de nouveau par rapport aux discours culturalistes du siècle dernier. Il suffit de remplacer « État colonial algérien » par » système pourri » et « nous sommes contre l’arabo-islamisme » par » nous ne sommes pas des arabes », pour se retrouver dans les discours de la mouvance démocratique et culturaliste des années quatre-vingt-dix. Or, l’indépendantisme kabyle a besoin d’un discours révolutionnaire, qui permet non seulement de s’inscrire dans l’opposition à une idéologie mais aussi de donner de la consistance au Kabylisme comme doctrine, en rupture avec les paradigmes et les dogmes du siècle dernier.

La nouveauté du projet politique indépendantiste kabyle est certainement dans cette tendance à la conceptualisation. C’est une rupture avec la société kabyle des siècles derniers. En effet, notre peuple n’avait jamais considéré nécessaire de nommer les pratiques et les contenus. De la démocratie participative à la laïcité en passant par d’autres pratiques rituelles, notre peuple n’a jamais jugé utile de conceptualisation les contenus. L’indépendantisme Kabyle qui a besoin de fixer les concepts et les mythes fondateurs d’une conscience nationale, doit trouver un gisement de contenus riches pour alimenter son discours politique. Cette révolution idéologique est nécessaire pour dessiner les contours d’une Kabylité décolonisée , d’un peuple souverain sur son territoire et ayant le pouvoir politique global sur son destin. L’indépendantisme en mouvement c’est le Kabylisme révolutionnaire, résolument pacifique au service d’un peuple, d’une nation et d’une Kabylité avec des valeurs humanistes et universelles.

Hasan At Amar Wali

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