Inna-y-id weɣyul-iw: La liberté?

(Republication )

Ce matin en passant devant mon âne, j’ai pu m’apercevoir qu’il n’est plus d’humeur à profiter de cette belle journée ensoleillée qui s’annonçait. En effet, lorsque mon âne est content ça s’entend et ça se voit en même temps.

Je me suis approché de lui pour m’enquérir de son état et il ne perda pas de temps pour m’interpeller. Il faut dire que nous les kabyles, nous comprenons bien taɣyulit et la pratiquons parfois sans même que l’on se rendent compte. Ceci est sûrement du à la proximité étroite avec cet animal qui dormait à l’intérieur des maisons kabyles et ou il disposait même d’un espace réservé : l’Adaynin.

Je vais vous retranscrire la traduction du contenu de notre échange de ce matin avec la plus grande fidélité. (je ne veux surtout pas de procès en diffamation !).

-Tu te souviens de notre dernier échange ?

-On ne peut pas considérer notre bavardage insensé comme un échange. Tu as de grandes oreilles pour écouter et tu ne le fais pas, une grosse tête mais avec un tout petit cerveau reptilien qui te sert juste pour manger, boire et dormir. Ta revendication est fidèle à ta logique « aɣyuliste ».Cependant, je ne peux ni la comprendre ni l’accepter.

-Tu ne peux pas comprendre ? Pourtant c’est tout clair .Je refuse la liberté que tu m’offres. Je ne veux plus de cet espace combien même verdoyant et paisible. J’ai été habitué à un petit coin dans l’Adaynin et être servile mais utile pour les dures tâches.

Et puis quoi encore ? Tu ne vas pas non plus me ramener une ânesse !

Et que faire de la liberté ? Tu le sais très bien que contrairement à l’esclavage la liberté implique la responsabilité, celle de se prendre en charge soi-même. Autrement dit, être un esclave servile à souhait, peut te procurer ce sentiment d’être protégé par ton maître. Voilà la base de ma pensée « aɣyuliste ».

-Tu deviens philosophe maintenant ? Je ne peux pas admettre qu’un Aɣyul normalement constitué puisse refuser de vivre en liberté et surtout pas un Aɣyul kabyle qui a connu les charges lourdes sur des sentiers escarpés, la privation d’une sexualité ordinaire et des violences physiques et j’en passe…

-Dans ce cas je ne suis pas le seul. Peux-tu donc m’expliquer pourquoi certains kabyles sont hostiles à l’idée de l’indépendance et de la rupture avec le colonialisme, alors qu’ils ont subi et subissent encore toutes les humiliations et les privations ?

-Euh, peut être que, probablement…j’ai un rendez-vous urgent, nous en reparlerons la prochaine fois.

Que répondre à mon Aɣyul ? Lui dire que son influence sur quelques kabyles est importante et que taɣyulit est devenue désormais un mode de pensée ?

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Toute ressemblance avec des faits réels, des attitudes et/ou des positions de certains kabyles est volontaire et non pas un pur hasard.
NB : Aɣyul-iw a donné son accord pour rendre public nos bavardages sous condition de ne mettre aucun mot entre guillemets. Textuellement, il m’a dit: si tu ouvres les guillemets alors tu fermeras ta gueule.

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