Inna-y-id weɣyul-iw : Comprendre les Kabyles

livre comprendre

« Si comprendre les kabyles est un manuel, il serait certainement volumineux avec quelques 9000 pages et on pourra lire sur la dernière : Le prochain volume est à paraître bientôt ! » Mon âne in Paradoxes kabyles, Vol. I P.2018 , éditions LES DISPARUS.

Tout est partie d’une histoire banale. Mon âne a pu traverser la haie d’arbustes qui délimitait mon terrain et s’est retrouvé de l’autre côté, en vertu du vieil adage qui affirme que l’herbe est meilleure de l’autre côté de la barrière. Ainsi, il s’est retrouvé dans les champs d’un voisin qui l’a garé pendant 24h, avant de venir me réclamer une amende si je veux récupérer mon âne. Il faut dire qu’en Kabylie cette pratique est assez habituelle.

J’ai beau essayé de convaincre mon voisin que les barrières et les limites sont dressées pour la sagesse et non pour les ânes comme le dit le proverbe kabyle (ẓerv ilaɛqel mačči i yeɣwyal), en vain .Il a surtout voulu me persuader d’acheter une vraie clôture. Je n’allais tout de même lui conseiller d’acheter un vrai cerveau. Non pas que c’est méchant mais parce que un cerveau ne se vend pas et ne s’achète pas.

Je suis arrivé rapidement à la conclusion, qu’il serait plus aisé de faire comprendre la situation à mon âne que de convaincre mon voisin de l’absurdité d’une coutume et d’un usage archaïque.

Pour ne plus revivre cette situation, j’ai décidé d’utiliser une astuce courante en Kabylie : attacher avec une corde une patte arrière et une patte avant avec une corde, en veillant bien à ce qu’il puisse se déplacer mais pas à galoper ou sauter (Acekkel).

La réaction de mon âne fut instantanée :

-Comprendre les Kabyles n’est pas une mission facile. Vous cultivez les paradoxes dans les faits et dans les mots.

-Tu dis ça parce que j’ai voulu trouver une solution à tes escapades qui me mettent dans des situations délicates ?

-Ce que tu viens de me faire est révélateur de toutes vos ambigüités et vos paradoxes. En effet, pour te donner bonne conscience, tu ne me laisse en liberté tout en essayant de me la confisquer en même temps. Certains kabyles sont capables de dire dans une même phrase, qu’ils aspirent profondément à la liberté tout en refusant l’indépendance. Vous admettez le fait de vivre sous colonialisme et pourtant vous vous en accommodez. Ces ambivalences qui vous font désirer la chose et son contraire vous font tourner en rond, sans avancer ni reculer. Les exemples qui en attestent mes dires sont innombrables. Lorsque cela ne se passe pas au niveau d’un individu, c’est au niveau des groupes. Quand certains veulent avancer, il y a forcément d’autres qui veulent reculer. C’est comme s’il en existe une menace réelle à cet équilibre qui vous maintient dans un statu quo permanent.

-C’est bon, je t’enlève de suite la corde qui entrave tes déplacements avant que tu ailles encore plus loin dans ta psychanalyse.

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Toute ressemblance avec des lieux, des faits réels, des attitudes et/ou des positions de certains kabyles est volontaire et non pas un pur hasard.
NB : Aɣyul-iw a donné son accord pour rendre public nos bavardages sous condition de ne mettre aucun mot entre guillemets. Textuellement, il m’a dit: si tu ouvres les guillemets alors tu fermeras ta gueule.

Hasan At Amar Wali

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